En 74, j'étais petite. Bon, on ne va pas faire de mystère, j'avais 7 ans. Mes parents, dans un geste que j'ai perçu comme un peu "piégeux" m'ont montré le journal en me demandant pour qui je voterais. La situation était particulière, puisque les élections présidentielles anticipées ont eu lieu à la suite de la mort de Pompidou. Minute de silence en classe, où on se soufflait "je préférais de Gaulle". Raison pour laquelle les enfants étaient sensibilisés à cette actualité. Je revois donc mes parents silencieux, attendant ma réponse alors que je parcourais les photos et les noms des candidats. J'en connaissais bien quelques uns de nom, je crois qu'on n'avait pas encore la télé.

J'ai pourtant vu le débat entre Giscard et Mitterrand (non, jamais d'émissions jeunesse, je préférais les 24h du Mans) et à la question renouvelée, j'ai répondu que je préférais le discours de Giscard parce qu'il m'avait semblé plus clair, plus direct, et que je ne comprenais pas toutes les allusions de son adversaire. Premier populisme droitier auquel j'aie assisté ? Sans doute.

Trop jeune pour voter, je n'ai pu qu'être témouine de la liesse de 1981, et c'est vrai que l'ambiance au quotidien a été vraiment détendue pendant quelques temps. Rouler sans permis euh... non, j'ai rien dit. La Fête de la Musique, ça me plaisait bien.

Pourtant, à part lors cet évènement, j'ai toujours pensé que les infos sur la politique, le sport et la religion me faisaient chier. Dans ces 3 cas, il est question de "fanatisme" (fan) souvent binaire appuyé sur des convictions personnelles. Pour ces raisons, il me semblait qu'on ne devait pas étaler ses opinions politiques plus que les religieuses. De plus, je pensais déjà qu'on nous donnait le choix entre la peste et le choléra (ces maladies m'en paraîtraient sympathiques déjà, pour dire). J'allais souvent voter blanc.

Inutile de préciser que les 10 dernières années... et les 5 dernières encore plus, m'ont fait changer d'avis. J'ai commencé à commenter de manière engagée sur les blogs des copains, et puis on a été submergés d'informations sur des faits, des lois, des déclarations... Tous les jours les nouvelles insoutenables se sont succédées. C'est à croire que si tu tortures 10000 personnes tous les jours (en leur imposant une nouvelle taxe qui les oblige à choisir entre payer le logement et la nourriture par exemple) on va parler de toi, te connaître...

Cette campagne pousse tous les défauts des précédentes à un stade que je pense n'avoir pas connu. Servilité des journalistes stars, utilisation de la puissance des médias pour détourner le sens de tous les faits, censure partielle ou complète. Le mensonge par omission ne suffit plus, il faut clairement affirmer le contraire de ce qu'on a fait, de ce qui existe...
J'en ai "au sens propre" envie de vomir.

C'est intéressant parce que je ne regarde plus la télé depuis 2005 à peu près. J'ai aussi cessé d'écouter la radio, puis de la lire en ligne... Mes informations se résument au flash de RFI à 8h et à ce que je lis sur Twitter. Oh je ne pense pas rater grand chose, je connais toutes les astuces par coeur. Et si j'ai du mal à pratiquer le militantisme pour ma part -convaincre quelqu'un de quelque chose qu'il ne pense pas- ce lavage de cerveau me révulse. Mais je perçois à quel point les gens de tous les bords sont piégés par arf! l'info. Une tomate ici, un oeuf là, une qui fait sa crise... Si vous, les plus informés et capables de réflexion plongez là-dedans, vous pouvez déjà prévoir à quel point les votes vont être décevants.

Plus de 35 ans que j'observe le même jeu, opposer 2 adversaires et pointer leurs crottes de nez pour faire oublier les autres possibilités, TINA.

Quelqu'un s'exprime bien mieux que moi : http://www.superno.com/blog/2012/02/campagne-presidentielle-de-merde